Atmosphères
5 Minutes de paix...
«Docteur Kubanski !... »
5 minutes de paix, c’est tout ce que je souhaitais ! Mais, non, impossible. C’est trop demander.
«... Deux “colis” viennent d’arriver... »

Je jette l’auto-injecteur de Sixgun dans le tiroir de mon bureau et me tourne un peu trop vivement vers l’écran tri-di où ma secrétaire me regarde d’un oeil critique.

«Un instant, Cynthia !»
«Le NCSWAT a déposé les corps au bloc 3, docteur, et...»

Je coupe la com, ne lui laissant pas terminer sa phrase. Je reprends l’injecteur et d’un geste sûr, je m’enfile les 15 ml de ce stimulant sensoriel, claque le tiroir et me dirige vers le bloc 3.
Des aides-ambulanciers poussent des chariots dans le couloir, slalomant entre les corbeilles qui dégorgent de canettes de café auto-chauffant. Sans m’adresser à quelqu’un en particulier, je hurle :
«Nom de Dieu, pour la millième fois, que quelqu'un vide ses poubelles, bordel de merde !»

Une détective du NCSWAT, que je reconnais comme étant Scarlett Polokov, splendide rousse à l’air revêche s’avance vers moi d’un pas résolu.
«Pour la fille, envoyez-là directement à la Banque des corps. On connait son identité... Je vous transmets sa fiche signalétique. On a le profil de son agresseur. Occupez-vous de notre premier client, lui, c’est urgent. Vous m’envoyez votre rapport d’experitse à mon adresse DP...»

Sans attendre ma réponse, elle se retourne et s’esquive prestement.
8 ans que je travaille pour le SICS (Scarpetta Independant Coroner Service) ce service médico-légal oeuvrant pour le NCSWAT, fondé en 2027 par le docteur Patricia Scarpetta, et pas une seule fois,

non, pas une seule fois un officier du NC SWAT ne m’a parlé avec considération. Nous en sommes réduits à la fonction de simples “techniciens médico-légaux” ou “CoronerTechie”, comme disent les jeunes...

J’entre dans le bloc 3. Mon assistant, le docteur Liam Lee-Yon, est déjà occupé à effectuer les analyses préliminaires de notre “client”.
«Liam, je te laisse celui-là... Je me charge de la gamine...»

Les aides-ambulanciers ont déposé le SMDAR (Sac Médico-Légal Auto-Refroidissant), sans plus y toucher, pour éviter toute forme de contamination.

De l’auriculaire, j’allume l’holographeur situé au-dessus de mon étroit bureau de travail, et je consulte la nomenclature des dossiers. Puis, d’un ton qui me semble creux, je commence à dicter :

«Dossier K-A-14 25 85. Sujet identifié par empreinte rétinienne et histologique : Collins, Sophia, Liandra, 17 ans, née le 12/03/2029 (estimation I.V., 88%). Caucasienne. 1m 78... Modélisation !»

Les bras instrumentés du Scalp (notre robot synergique) se déployent au-dessus de la table d’autopsie et ôtent le corps du SMDAR avec dextérité. Des volutes de vapeur s’élèvent du cadavre. Les micros-capteurs du Scalp effectuent ensuite une première dermatome pour autentification, et le robot lance l’imagerie 3D du “colis”, comme le dit si bien cette perle de Cynthia... Le corps m’apparaît entièrement modélisé, avec un rendu d’une incroyable netteté. Les effets du Sixgun, peut être ? Ou plutôt ce nouveau matériel Mégatechnix, qui est vraiment excellent... Mais soit. Le visage est écrasé, comme si la gamine avait reçu un AV-4 blindé en pleine gueule.

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