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J’ai
beau avoir vu ça des centaines de fois,
le fait que ce soit une ado me trouble l’espace d’un instant.
J’inspecte
l’image 3D, interragissant tactilement avec elle, faisant tourner le
corps et
agrandissant l’image d’un simple geste. Ses tatouages et piercings
apparaissent
comme de grandes abstractions géométriques dans l’espage bleuté du bloc
médico-légal. Une gamine membre d’un gang... Un boostergang, pour être
plus
précis. Le neuromat implanté au bas de son cortex apparaît clairement
sur la
tri-di... ainsi que les crocs de métal et les lames en
carbo-verre
implantées dans ses phalanges cyber-modifiées. Je continue à dicter
d’une voix presque
atone.
«Traumatisme facio-crânien, avec rupture du lobe frontal ayant entraîné une paralysie immédiate... Restauration tégumentaire !» Le système de rendu 3D effectue automatiquement une reconstruction modélisée du visage tel qu’il apparaissait avant la mort. Qui étais-tu, Sophia ? Une paumée ? Une gamine des bas-quartiers d’Undercity ? Une junkie ? Avais-tu de la famille ?... Mon regard est perdu dans le vague. J’observe le visage qui se reconstitue lentement sur le tri-di, comme si je regardais au travers d’un écran de fumée. Les deux visages (celui de la photo tri-di du dossier que l’officier Polokov m’a envoyé et la modélisation) apparaissent, et le Scalp annonce d’une voix grave de transexuel biosculpté : “Modélisation termineé”. Je sursaute. Une pointe glacée me poignarde ! Mes mains deviennent froides et moites. Tante Mélancolia ! Malgré sa crête verte et ses tatouages faciaux, la gamine boosterganger est le sosie de ma tante, morte à 18 ans, dans un accident... Un accident... J’avais 9 ans... |
«Quelque
chose ne va pas, Lorenz ?» Je me redresse, change de position. Mélancolia. Son rire sauvage. Mélancolia et son amour pour les chaussures rouges. Je respire à fond. Un poids écrase ma poitrine. Je me souviens de son sourire imperceptible. Et de sa main fraîche qui me caressait les cheveux distraitement, tandis que je jouais avec mon Mécha-Goldorak... Je me lève, raide comme une saillie. «Je vais prendre l’air, je reviens...» Je m’enferme dans mon bureau. Immédiatement, mon récepteur holo s’allume, mais je l’éteins d’un geste sec. 5 minutes de paix, c’est tout ce que je souhaite ! J’ouvre mon tiroir, ma main effleure la crosse du petit Federated Arms X-22 qui s’y trouve. L’arme de ma femme. On dirait un jouet. Il me semble que quelqu’un a frappé à la porte. Je défais le cran de sureté, enfonce le canon de l’arme dans ma bouche et appuie sur la détente. |